GAFAM, IA : le baiser de la mort aux médias ?
Article mis en ligne le 1er octobre 2026

par daffyduke

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La bascule est historique. Pour la première fois, l’accès à l’information dans le monde se fait davantage par les réseaux sociaux (54 %) qu’en direct via les chaînes de télévision (52 %) ou les sites et application des médias (51 %). C’était déjà le cas dans certains pays. C’est à présent le cas dans les 48 pays au monde étudiés par le Reuters Institute, selon la dernière édition de son Digital News Report . Même la célèbre BBC se fait désormais dépasser en audience par YouTube ! Cette « plateformisation de la consommation de médias » concerne toutes les tranches d’âge. Elle n’est pas sans poser d’immenses problèmes aux médias.

Petit retour en arrière. Il y a une dizaine d’années, de nouveaux venus émergeaient dans le paysage médiatique (Brut, Konbini, Vice, Melty, Loopsider, Minutebuzz…) en misant tout ou presque sur les réseaux sociaux afin de capter l’attention des « millenials », ces jeunes nés après 1995. Leur croissance fut aussi rapide que leur chute. La plupart ont sombré, victimes d’un effondrement de leurs audiences – et des revenus publicitaires associés – en raison de changements dans le fonctionnement des algorithmes de Meta (Facebook, Instagram…) ou de Google. Des modifications aussi soudaines qu’obscures.

Pour éviter le baiser de la mort des plateformes et des réseaux sociaux, le média social Brut (propriété du milliardaire Rodophe Saadé depuis un an) vient d’annoncer le lancement de sa propre application afin de « moins dépendre des algorithmes des réseaux sociaux et de leur captation de valeur », selon les termes de sa dirigeante Elsa Darquier. En avril dernier, Brut avait déjà lancé sa propre chaîne de télévision pour diffuser ses contenus longs. Dans les deux cas, il s’agit de tenter de rétablir un lien direct avec le spectateur. Un enjeu stratégique pour tous les médias.

L’information vampirisée

C’est le sens de la tribune publiée le 17 septembre par Coop-médias et une trentaine de médias indépendants , qui dénonce la « vampirisation de l’information et la réorientation du débat public par les big tech ». Jugés trop peu rentables commercialement, Facebook a ainsi mis au ban les médias dans les suggestions faites aux internautes. L’emploi d’un seul terme jugé trop politique dans une publication peut entraîner son déférencement. La dépendance aux intermédiaires que sont les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft…) est effrayante.

😱 Autre conséquence moins visible de la montée en force des réseaux sociaux : elle créé une énorme distorsion de concurrence entre les producteurs d’info classique et un acteur comme YouTube. Ce dernier, qualifié de « passager clandestin » par le patron de TF1 Rodolphe Belmer, n’est considéré que comme un hébergeur. Non seulement il ne supporte pas les coûts de création mais il n’a aucune obligation à respecter en matière de soutien à la production. Sur la plateforme américaine de vidéos (propriété de Google), les YouTubeurs supportent tous les coûts et ne sont (faiblement) rémunérés qu’en fonction de leur audience… et nullement de l’intérêt informatif de leurs créations.

Réinventer le circuit-court

L’irruption de l’IA ne va rien arranger. En France, l’implantation des « Aperçus Google » le 22 juillet dernier – c’est-à-dire la réponse générée désormais par IA lors d’une requête sur le moteur de recherche – aurait entraîné une baisse moyenne des audiences des médias français d’information généraliste de 15,3 % sur le mois d’août. Mais la baisse peut atteindre 30 à 40 % pour les requêtes ayant trait à des informations pratiques (météo, tourisme, cuisine, rendez-vous culturels…). L’IA est un outil puissant d’invisibilisation des médias. Plus encore ceux de petite taille dont les contenus ne sont même pas aspirés par les modèles de langage des IA. Le journal Le Monde, par exemple, capte à lui seul 25,9 % des redirections de trafic envoyées par ChatGPT vers les sites de médias .

🕰️ Pour ne pas court-circuiter les médias indépendants, il est urgent de réinventer le circuit-court. Directement du producteur (d’info) au consommateur ! « Google méprise celles et ceux qui produisent l’information et s’accapare le fruit de leur travail », poursuit la tribune des médias indépendants avant d’appeler à réagir : « Vous seuls, lectrices et lecteurs, nous permettrez de ne pas être définitivement invisibilisés (…) Nous sommes du même camp. Rejoignez-nous, relayez, donnez, abonnez-vous ! C’est l’heure. »

Article rédigé par Jacques Trentesaaux.

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