Une expérience avec Emmaüs de distribution de repas aux migrants

J’ai été accueilli chaleureusement à la Communauté Emmaüs lors d’un repas partagé avec Sylvie, responsable de la Communauté, Jean président de l’association et des bénévoles venus comme moi pour aider à la distribution des repas.

J’avais été invité à « venir voir » lors d’une soirée d’information organisée par le CMR. Nous sommes 12 bénévoles, nous chargeons une camionnette avec un repas chaud et en route pour le camp.

Venus d’horizons différents, certains on déjà un peu ou beaucoup d’expérience. Nous nous équipons de chasubles avec le logo « Emmaüs », notre point commun, je conduis un minibus avec 9 personnes. Sylvie, la responsable, nous a donné les consignes de distribution du repas avant de démarrer, et en arrivant sur place, je comprends pourquoi : une longue queue est déjà formée devant la camionnette dans l’allée qui mène au camp. Un peu perdu, car c’est une première pour pas mal de personnes, nous installons tant bien que mal les plats sur 3 tables disposées en U et la distribution commence. Rapidement, 2 meneurs migrants que les gens d’Emmaüs identifient à des passeurs, se mettent à prendre à leur compte la disposition des tables puis la distribution des fruits, profitant de nos hésitations. Je me retrouve à la distribution de thé, je m’efforce d’accorder un regard à chacun et la plupart me retournent leur sourire. Les fruits semblent la denrée la plus attendue, en effet pas mal d’entre eux se plaignent que le pain et le riz leur pèsent sur l’estomac. Ils parlent un peu anglais mais avec la cohue, la présence des « passeurs », ça ne favorise pas des discussions. Nous sommes simplement là auprès d’eux pour leur apporter un peu de nourriture et j’ai l’impression qu’ils en sont reconnaissants. Même si le simple repas offert, qu’ils mangent debout, voire en faisant la queue, semble peu de chose. Au bout d’une heure la distribution se termine, tout a été distribué, la queue a diminué tout doucement. On n’a pas l’impression de les avoir vus faire un repas, mais récupérer des réserves pour tenir, pas mal ne sont venus que pour les fruits. J’ai vu énormément de visages, beaucoup de dignité, une patience pour attendre quelques mandarines, pour certains la politesse de prendre le gobelet de thé même s’il ne semble pas à leur goût.

Ensuite, Sylvie nous entraîne vers le camp pour nous rendre compte des conditions difficiles : tentes type Quechua plantées dans un sol de remblais de schiste noir, qui devient boueux avec la pluie. Un migrant me demande une couverture, je lui explique qu’on est simplement venus avec de la nourriture. C’est le système D, chacun cherche à obtenir un peu de confort pour sa nuit future. J’échange ensuite avec un migrant de Mossoul, il m’explique qu’il est garagiste, qu’il recherche une tente. Je lui demande s’il veut aller en Angleterre, il me répond que là-bas il pourra parler anglais et que c’est mieux là bas. Il me demande si c’est facile d’être accueilli en France, je n’ai pas de réponse, je suis mal à l’aise. Lui au contraire reste souriant. Au retour à la maison, lors de la nuit de tempête qui suit, je me remémorerai qu’il n’a pas peut–être pas trouvé de tente.

Nous repartons alors en minibus et c’est l’occasion d’échanges entre français sur nos ressentis, nous avons tous été touchés et remués par les échanges et senti beaucoup d’humanité dans les gestes échangés.

Je garde de cette sortie la chaleur humaine et les rapports directs au sein de la communauté Emmaüs. Je garde les regards dignes des migrants dans leur difficulté et leur indigence quasi complète. On peut leur parler et en même temps c’est difficile de se sentir si nanti par rapport à eux.